AUX FOUS
(Scène de la folie ordinaire)
Non pas la folie délirante et pathologique qu’on enferme dans les asiles, mais la folie insidieuse qui meut les êtres au quotidien.
La pièce maîtresse du spectacle, ce sont deux oeuvres de Georges Courteline (1858-1929), un des auteurs comiques les plus connus de la Belle Epoque. On se mit alors à dire « c’est courtelinesque » pour désigner le style du comique burlesque qu’il a créé. Courteline est le contemporain des peintures de Toulouse-Lautrec et des chansons d’Aristide Bruant (1951 – 1925).
Nous présentons deux de ses pièces : « Les Boulingrin » créée au Théâtre du Grand Guignol en 1898, et « le Commissaire est bon enfant » créée en 1899.
Les Boulingrin, c’est la peinture de l’enfer conjugal. Madame des Rillettes, veuve esseulée, espère bien meubler les tristes après-midi d’hiver, en s’invitant chez les Boulingrin, « qu’elle a rencontrés depuis peu à la table des Duclou. » Elle se trouve rapidement ballottée par la frénésie d’un couple déchiré par des haines rageuses qui dégénèrent en folie destructrice.
Le commissaire est bon enfant, met en scène un de ces fonctionnaires que Courteline connaissait bien pour avoir travaillé lui-même dans les bureaux. Ce commissaire use et abuse de son pouvoir jusqu’aux frontières de la provocation perverse. Surviens un vrai fou (un humoriste de génie peut-être) qui réduit ce roi de papier en un pitoyable bouffon.
En intermède, Edouard et Agrippine de René de Obadia, académicien, né en 1918 et toujours bien vivant, un des princes de ce Théâtre de l’absurde qui fait dériver la vie ordinaire vers un autre monde de fantaisie et d’humour noir. Avec « Edouard et Agrippine » on retrouve l’enfer du couple. Elle, Agrippine, bavarde intarissablement pour tenter d’exister encore aux yeux d’un vieux mari, Edouard, obsinément réfugié dans d’interminables lectures. Et voilà que l’intrusion inattendue d’un troisième personnage vient conférer soudain à l’épouse délaissée l’image idéale dont rêve en secret son époux. Derrière la cocasserie se profilent les thèmes tragiques du théâtre contemporain.
Un court prologue : Regardez-moi de Guy Foissy (né en 1932). Une quête de reconnaissance qui dégénère en geste absurde et gratuit.
Mis en scène de Pierre Raoux